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MONICA 560 – La nouvelle mort du prestige français.

Depuis la disparition de la marque Facel Vega, à l’automne 1964, l’industrie automobile française se retrouve privée de constructeur de voitures de prestige. Une disparition qui fait suite à celles de Bugatti, Delage, Delahaye, Hotchkiss, Salson ou encore Talbot. Si le lancement de la première Facel Vega, en 1954, avait symbolisé l’espoir d’une renaissance de la voiture française de prestige, ces espoirs ne furent malheureusement que de courte durée. Les difficultés financières de plus en plus grandes auxquelles la marque Facel va devoir faire face à cause des graves problèmes de fiabilité rencontrés par son nouveau modèle « populaire », la Facellia, finiront par contraindre la firme a cessé ses activités au bout d’une dizaine d’années d’existence à peine. Une disparition qui ne manquera évidemment pas de causer une grande peine chez de nombreux amateurs de voitures de prestige et qui, à terme, suivant en cela l’exemple de Jean Daninos (le créateur des Facel Vega, qui avait créé ces dernières pour prendre la relève des Delahaye et Talbot, dépassées face à la concurrence étrangère) vont alors, eux aussi, nourrir l’ambition de créer une voiture qui puisse, elle aussi, à nouveau, incarner le luxe automobile à la française. Même si, au final, très peu d’entre-eux franchiront le pas.

L’un d’eux a pour nom Jean Tastevin, qui dirige alors la Compagnie Française de Produits Métallurgiques, installée à Saint-Etienne et spécialisée dans la construction de wagons pour les chemins de fer. La fin de l’aventure des Facel Vega lui donne alors l’envie (ou le convainque dans son idée) de se lancer dans son projet de créer (pour reprendre ses propres termes) « une Jaguar à la française ». L’un des éléments essentiels d’une voiture de haut de gamme étant le moteur qui doit l’équiper, c’est à cela que Jean Tastevin réfléchit en premier.

Ayant un jour découvert les Morgan retravaillées par le préparateur anglais Lawrence Tune, équipées de moteurs Triumph parvenant à développer plus de 180 chevaux pour une cylindrée de 2,5 litres, il décide alors de s’adresser à son fondateur, Chris Lawrence, pour lui demander de créer le moteur destiné à motoriser la voiture de prestige qu’il rêve de créer.

Si Chris Lawrence s’est d’abord fait connaître comme préparateur avec des Morgan dotées de mécaniques très affûtées, il souhaite rapidement se développer et passer à la vitesse supérieure, en devenant constructeur à part entière (en officiant toutefois toujours exclusivement dans le domaine de la compétition). A l’occasion du Racing Car Show de Londres, en janvier 1962, il dévoile une voiture de taille assez réduite, dotée d’une carrosserie ouverte réalisée en aluminium et motorisée par un moteur emprunté à la Mini Cooper, placé en position transversal à l’arrière ainsi que d’une suspension à quatre roues indépendantes ; La voiture est baptisée Deep Sanderson (un nom choisi par Chris Lawrence, grand amateur de musique, en hommage au jazzman Deep Henderson, qu’il admire beaucoup). La première voiture construite sous ce nom, le prototype 301 Sports, effectue sa première sortie sur circuit à Biggin Hill en 1962. L’année suivante, une version à carrosserie fermée est également présentée, en même temps que débute la production en (très) petite série de la Deep Sanderson. Malgré plusieurs participations à des compétitions prestigieuses (notamment aux 24 Heures du Mans en 1963 et 1964), elle ne parviendra guère, toutefois, qu’à obtenir un succès d’estime. Elle finira par quitter la scène après une dernière apparition au Racing Car Show de 1967, après avoir été construite à seulement quatorze exemplaires. Lawrence présentera toutefois, l’année suivante, lors des 24 Heures du mans 1968, un nouveau modèle de la Deep Sanderson. Recevant cette fois un châssis à empattement rallongé, équipé d’un moteur Ford de 1,6 l. Parallèlement, le préparateur et constructeur anglais travaille aussi sur d’autres créations, comme un magnifique coupé basé sur le châssis de la Morgan Plus 4 ou de la Triumph TR4, portant les initiales SLR (pour Sprinzel Lawrence Tune Racing Teal), dessinée par Chris Spender, l’un des dessinateurs du bureau de style de Rolls-Royce, qui ne sera toutefois construits qu’à quatre exemplaires.

Les travaux de Lawrence débutent dès le mois de mars 1967 dans les ateliers du préparateur anglais à Guswick, dans la banlieue de Londres. Le premier châssis est terminé au mois d’août suivant, le contrat officialisant le partenariat entre Lawrence Tune et la CFPM de Jean Tastevin étant, lui, finalisé et signé deux mois plus tard, en octobre. Si l’idée initiale de ce dernier semble avoir été d’équiper simplement le châssis conçu par Lawrence d’une mécanique similaire à celle que le préparateur anglais avait installé dans les Morgan qui étaient passées par ses ateliers, Chris Lawrence, lui, a d’autres projets pour la future voiture de haut de gamme imaginée par son commanditaire français. D’autres projets et aussi de plus grandes ambitions. L’un des amis de Lawrence, l’ingénieur Ted Martin, a créé un moteur inédit, un V8 initialement conçu pour équiper des monoplaces de Formule 1, qui, dans sa version de route, a vu sa puissance ramenée à 210 chevaux afin de garantir la meilleure fiabilité possible, tout en conservant sa cylindrée initiale de trois litres.

A l’origine, Ted Martin avait conçu son V8, réalisé dans son atelier de Haddendham, dans la région du Buckinghamshire, n’était pas destiné à se retrouver sous le capot d’une voiture de sport ou de prestige. Se présentant, dans sa version originelle, avec une cylindrée de deux litres, ce V8 à simple arbre à cames en tête est dévoilé au public lors du Racing Car Show en 1965 et effectue ses premiers tours au banc d’essais durant les premières semaines de l’année suivante. C’est l’industriel John Pearce qui construira, dans ses ateliers de Southall (dans le quartier de West London) les châssis des voitures Deep-Sanderson de l’écurie de Chris Lawrence. C’est aussi Pearce qui aura l’idée de suggérer à Lawrence d’installer un moteur Ferrari dans la Cooper T77 avec laquelle ce dernier court sur les circuits en catégorie Formule 1. En 1967, Pearce Racing construira également deux châssis inédits qui accueilleront une nouvelle version du V8 créé par Ted Martin, doté d’une cylindrée portée à trois litres, avec une puissance de 225 chevaux. Malheureusement pour John Pearce et pour Chris Lawrence, l’aventure tournera court, lorsque le camion transportant les voitures prendra feu. Ces dernières seront totalement détruites dans l’incendie. S’il ne se retrouvera finalement pas sur la version de série de la Monica, le V8 Martin équipera cependant plusieurs Lotus 35 qui iront courir au sein de l’écurie Charles Lucas en catégorie Formule 2, que l’on verra notamment, en 1967, au Grand Prix de Silverstone et à Brands Hatch. On verra aussi le V8 Martin, en fin de carrière, sur la Ford Escort du pilote Robin Gray. Dans sa dernière évolution, le V8 Martin, accouplé à une boîte ZF à cinq rapports, affichait une cylindrée de 3 423 cc et une puissance de 240 chevaux.

La compétition automobile coûtant de plus en plus d’argent, et étant même devenu un domaine qui coûte d’avantage qu’il ne rapporte (en tout cas en terme de retombées financières directes). En conséquence, les petits constructeurs rencontreront de plus en plus de difficultés à garder leurs modèles compétitifs face à leurs concurrents. Chris Lawrence finit alors par décider d’arrêter le compétition et rejoint alors le constructeur Morgan.

La réalisation de la carrosserie qui habillera ce premier prototype est réalisée par l’entreprise Coventry Victor, sur base des dessins réalisés par Chris Lawrence lui-même. Ce dernier se révèle toutefois plus doué en tant que préparateur qu’en tant que styliste. Si le prototype présente déjà, dans ses grandes lignes, les principaux traits de style de la version définitive de la voiture voulue par Tastevin, il reste toutefois empreint d’un aspect assez massif, en particulier dans le dessin de la proue, qui n’est pas sans évoquer celui de certains poissons à l’aspect aussi bizarre que peu engageant. Malgré un aspect physique qui reste donc à revoir et à parfaire, la voiture, terminée en avril 1968, effectue sa première apparition publique aux 24 Heures du Mans, où elle servira de voiture tractrice à la caravane de l’écurie Deep-Sanderson ; Elle n’y sera toutefois remarqué que par quelques rares observateurs, qui ne manqueront toutefois pas de se poser pas mal de questions sur ce prototype anonyme garé dans les paddocks.

Manifestement, Jean Tastevin lui-même n’est guère convaincu par le physique de la voiture. Quant à la mécanique, celle-ci semble devoir encore réclamer quelques travaux de mise au point. Un deuxième prototype est alors mis en chantier en 1969. Si le dessin de la proue se rapproche de ce qu’il sera sur le modèle de série, le résultat, sur le plan esthétique, s’avère encore largement insatisfaisant, ce second prototype manquant, en effet, encore singulièrement d’élégance. Sur cette nouvelle voiture, le V8 conçu par Ted Martin a toutefois trouvé, lui, sa cylindrée définitive, qui est de 3 460 cc. Conséquence du résultat peu concluant du prototype n°2 sur le plan esthétique, un troisième prototype est alors mis en chantier et deux nouveaux designers, Robert Collinet et Tony Rascanu, sont appelés pour en dessiner les lignes.

C’est le célèbre carrossier Henri Chapron (dernier survivant des grands carrossier français d’avant-guerre) qui sera chargé de la réalisation des gabarits de la carrosserie dans ses ateliers de Levallois-Perret. Des gabarits qui, une fois assemblés, formeront une sorte de « sculpture » ou de maquette à l’échelle réelle de la voiture. Ceux-ci sont alors expédiés en Italie, chez le carrossier Vignale à Turin, qui s’en servira comme modèle pour façonner les panneaux d’aluminium qui constitueront la carrosserie de ce troisième prototype, qui sera achevé en 1970. Un quatrième prototype, assez similaire, sera réalisé à la même époque, mais cette fois par l’entreprise Airflow Streamline de Northampton.

Autour de Jan Tastevin et de Chris Lawrence, les deux principaux protagonistes de l’affaire, on retrouve aussi dans l’équipe que ces derniers ont constitué, outre l’ingénieur Ted martin, David Cowars qui supervise la réalisation des carrosseries (celles des prototypes comme celle des voitures de série) ou Henri Szykowski, en charge, lui, des relations et de la coordination entre les équipes française et anglaise.

Lorsque les deux derniers prototypes sont finalisés, le V8 Martin qui doit, en principe, équiper cette nouvelle voiture française de prestige présente, dans sa version définitive, les caractéristiques suivantes : 8 cylindres en V (positionnées à 90 degrés) de 3 460 cc, développant une puissance de 240 chevaux à 6 000 tr/mn. Cette mécanique « made in England » étant accouplé à une boîte ZF à cinq rapports.

Le cinquième prototype, qui (sur le plan esthétique, en tout cas) sera identique au modèle de série, sera le bon. C’est le styliste anglais David Coward, qui travaillait auparavant chez le carrossier James Young (l’un des partenaires privilégiés de Rolls-Royce) qui lui donnera ses traits définitifs. Les lignes, à la fois racées et dynamiques, ne sont pas sans évoquer fortement celles de certaines sportives italiennes (comme la Maserati Indy), avec son capot plongeant et ses phares rétractables, tandis que celles de l’arrière de la voiture, elles, rappellent (bien qu’en plus massives) celles de la Jaguar XJS (même si cette dernière ne sera dévoilée que peu de temps après). En tout cas, quel que soit l’angle sous lequel on la regarde, elle présente un style fort élégant et des lignes aux proportions parfaitement équilibrées. Les formes destinées à la fabrication des panneaux de carrosseries sont fabriqués chez Abate en Italie et expédiées ensuite à Bobigny, où sera réalisé l’assemblage final.

La voiture est dévoile à la presse, lors d’une présentation officielle, présidée (évidemment) par Jean Tastevin lui-même, en octobre 1972. Pour le nom sous lequel sera baptisée et commercialisée cette voiture de prestige française de nouvelle génération, Jean Tastevin a décidé, dès la genèse du projet, de la baptiser du nom de son épouse : Monica. Si, lorsqu’elle est présentée aux journalistes de la presse automobile, elle reçoit l’appellation de Monica 350 (en référence à l cylindrée de son moteur, qui est d’environ 3 500 cc), cette dénomination va toutefois devoir être rapidement modifiée. Cela, à cause d’un changement de moteur.

Malgré les soins apportés par son concepteur à sa réalisation, ainsi que les efforts constants pour tenter de l’adapter le mieux possible à son nouveau rôle, celui de motoriser dignement une voiture de prestige, Jean Tastevin et Chris Lawrence doivent finalement se rendre à l’évidence et constater que le V8 conçu par Ted Martin, destiné, à l’origine, à la compétition, ne présente pas la fiabilité suffisante et qui est indispensable pour une voiture de haut de gamme et, en outre, qu’il n’est guère adapter à un usage routier. En conséquence, et faute d’avoir le temps et les moyens suffisants pour faire étudier un nouveau moteur « maison », Jean Tastevin décide alors, au début « faute de mieux » et d’avoir une autre solution satisfaisante ou meilleure sous la main, de recourir à la même solution que de nombreux autres constructeurs artisanaux en Europe (comme Jensen en Angleterre, Monteverdi en Suisse ou Iso en Italie) pour motoriser leurs modèles. A savoir, se fournir chez les constructeurs américains.

Si les moteurs produits par General Motors, Ford et Chrysler (quasiment tous des V8, pour les moteurs de grosses cylindrées) sont loin d’avoir le « raffinement » technique des sportives italiennes telles que les Ferrari ou les Lamborghini, ils possèdent néanmoins deux qualités essentielles qui font souvent quelque peu défaut aux mécaniques très (trop?) raffinées qui sortent des usines de Maranello ou de Sant’Agata : une fiabilité et une robustesse que seuls les utilitaires et les poids lourds peuvent égaler ou surpasser. Mais ce n’est probablement pas là la seule raison à ce choix. Dès la genèse de projet, Jean Tastevin avait, ouvertement, déclaré aux membres de l’équipe qu’il avait réunit autour de lui qu’il entendait faire de sa voiture l’héritière des Facel Vega. Or, comme tous ceux qui avaient suivi la courte mais fabuleuse épopée de celle qui était alors la dernière marque de prestige automobile en France, il n’ignorait évidemment pas que, faute de trouver, au sein de la production automobile française de l’époque, un moteur qui corresponde à ses critères (c’est-à-dire à la fois puissant et moderne) pour offrir à ses Facel Vega les performances qu’elles méritaient, Jean Daninos, profitant des liens commerciaux qu’il avait noué aux Etats-Unis pendant la guerre, s’était alors adressé à Chrysler pour obtenir la fourniture des moteurs V8 à culasses hémisphériques. C’est donc aussi (et peut être surtout) cette raison, cette volonté d’établir une sorte de filiation avec les voitures créées par Jean Daninos qui pousse Jean Tastevin à faire appel au même constructeur pour la fourniture de moteurs.

La première présentation de la Monica équipée du moteur Chrysler a lieu au Salon de Genève en mars 1973, où elle est présentée sous le nom de Monica 590 (en référence, là aussi, à la cylindrée de son moteur, un V8 de 5,9 litres). La version finale de la Monica, qui sera commercialisée à l’occasion de sa présentation officielle au Salon automobile de Paris en octobre 1973, où elle reçoit désormais l’appellation Monica 560. Le modèle de série ayant, en effet, dû revoir quelque peu ses prétentions à la baisse en devant se contenter d’un V8 de 5,6 litres. Les journalistes de la presse automobile, de leur côté, ont déjà eu le privilège de pouvoir tester deux des premiers exemplaires de série lors d’une séance d’essais organisée sur le circuit du Castellet au mois de mai précédent.

Toutefois, l’arrivée de celle qui était censée incarner la renaissance de la voiture française de prestige tombe à un bien mauvais moment. Alors même que s’ouvre au Palais des expositions de la Porte de Versailles, le Salon de l’automobile de Paris, se produit, au Moyen-Orient, un événement qui va bientôt avoir de lourdes conséquences sur les habitudes et le mode de vie occidental en général et sur l’industrie automobile en particulier. Le 6 septembre 1973, alors que l’état hébreu célèbre les festivités de Yom Kippour (la plus importante fête du calendrier juif), les armées syriennes et égyptiennes attaquent Israël par surprise. Si l’armée israëlienne parvient rapidement à repousser l’invitation, ce nouvel épisode du conflit (parfois ouvert et latent le reste du temps) qui oppose, depuis sa création en 1948, l’Etat d’Israël au reste des pays arabes qui l’entoure, va rapidement avoir des répercussions au sein de la plupart des pays occidentaux, qui ont, ouvertement ou non, soutenu Israël durant ce conflit éclair. En représailles, les pays membres de l’OPEP (l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole), réunis à Ryad (la capitale de l’Arabie Saoudite), peu de temps après ces événements, décident alors, en premier lieu, de réduire les livraisons de pétrole, mais aussi (et surtout) d’augmenter le prix du baril de pétrole brut de 68 %. Ce qui provoque, bien évidement et immédiatement, une flambée des prix de l’essence. Une augmentation qui ira d’ailleurs crescendo au fur et à mesure que la crise s’aggrave. De 2 dollars avant l’éclatement de la crise, le coût du baril de pétrole grimpera ainsi sans cesse.

Dans ces conditions, il est clair que, aux Etats-Unis comme en Europe, le sport et la vitesse doivent désormais être rangés au placard. Les mots d’ordres étant maintenant les économies d’énergie. En France comme dans d’autres pays, les pouvoirs publics instaurent d’ailleurs très vite une série de nouvelles mesures allant dans ce sens. Notamment les premières limitations de vitesse. En plus d’un contexte qui devient de plus en plus « autophobe », la récession économique que va engendrer le premier choc pétrolier est tout sauf favorable au lancement sur le marché d’une voiture de luxe de grosse cylindrée. Malgré le ciel qui s’obscurcit brutalement, Jean Tastevin veut encore y croire et, se montrant optimiste, annonce aux journalistes de la presse spécialisée que les premières livraisons de la Monica débuteront dans les mois suivants. En réalité, les clients qui ont passé commande lors de sa première apparition publique, au Salon de Paris, devront encore patienter un certain temps avant de pouvoir prendre livraison de leurs voitures.

Si, au cours des mois qui suivent, la Monica continue à faire la tournée des principaux Salons européens (comme à Bruxelles, Francfort, Turin ou d’autres), sa carrière commerciale semble de plus en plus compromise au fur et à mesure que les mois passent. En ce milieu des années 70, voyant le marché européen de la voiture de prestige fondre comme neige au soleil, beaucoup de constructeurs artisanaux doivent alors se résigner à mettre la clé sous la porte (comme Jensen ou Iso). Si d’autres parviennent à survivre, ce ne sera toutefois pas sans mal. Aston Martin va ainsi connaître des faillites ou des dépôts de bilan à répétition et changera plusieurs fois de mains en quelques années. Les constructeurs américains, quant à eux, ont, purement et simplement, dû abandonner les muscle cars sur lesquels ils avaient bâtis une grande partie de leur renommée dans la seconde moitié des années 60. Lesquels avaient déjà vu leur domination sérieusement ébranlée par la hausse des primes d’assurance, entrées en application en 1971.

La crise pétrolière qui éclatera deux ans plus tard achevant, en quelque sorte, de couler le navire. Beaucoup, au sein de la presse automobile, ne cache d’ailleurs pas leur perplexité sur l’obstination de Jean Tastevin, ainsi que sur l’avenir réel de la Monica, surtout sur le marché français. Les rares modèles « bleu-blanc-rouge » qui peuvent encore prétendre à la dénomination « sport » ou « luxe » se voyant, en effet, très vite contraints à prendre leur « retraite anticipée ».

La superbe Citroën SM, après avoir connu un début de carrière assez prometteur, va très vite voir ses ventes chuter fortement une fois que l’OPEP aura relever à la hausse le prix du baril. En 1974, devant ses ventes en chute libre et une carrière qui semble désormais sérieusement compromise, la direction de Citroën, ne voulant sans doute plus voir ses chaînes de production encombrées par ce modèle désormais devenu fort marginal, fait transférer sa production à l’usine Ligier à Vichy. Guy Ligier, de son côté, connaît lui aussi, au même moment, un sérieux revers commercial avec son coupé JS2 (qui utilise le même moteur V6 Maserati que la SM), qu’il ne parviendra à produire qu’à 86 exemplaires jusqu’en 1975).

A l’époque, beaucoup, tant dans le public que dans la presse, sont alors convaincus que, pour l’automobile, le sport et la vitesse appartiennent, désormais, définitivement au passé. Jean Tastevin finit d’ailleurs, lui aussi, par devoir jeter l’éponge et, au début du mois de février 1975, annonce, résigné, l’interruption (ce qui revient à signifier l’arrêt définitif) de la production de la Monica. Depuis les premiers exemplaires, livrés en juillet 1974, seuls 17 exemplaires, en tout et pour tout, ont été construits. Guy Ligier rachète alors à Tastevin le reste des carrosseries, laissées inachevées après l’arrêt de la production. Avait-il alors en projet d’en reprendre, un jour, la production (sous son nom d’origine ou sous son propre nom) ? Sans doute avait-il, plus simplement, à l’esprit l’idée de terminer l’assemblage des voitures restées inachevées pour ensuite les revendre à son profit. Toutefois, Guy Ligier aura rapidement d’autres projets et d’autres priorités, se consacrant bientôt, au travers de sa nouvelle écurie, à un engagement de plus en plus important dans le domaine de la compétition, en particulier en Formule 1. Tant et si bien qu’il finira rapidement par abandonner l’idée de terminer l’assemblage les exemplaires inachevés de la Monica et qu’il oubliera même, tout simplement, et complètement, l’existence de ces voitures qu’il avait entreposé dans une cour située derrière son usine. Ainsi laissées à l’abandon, exposées aux quatre vents, au soleil et aux intempéries, les carcasses, qui constituaient les derniers exemplaires de celle qui aurait pu être la nouvelle voiture de prestige française finiront rapidement par se dégrader. Devenues irrécupérables, Guy Ligier devra alors se résoudre à les envoyer à la ferraille.

 

Pierre Bisette

2 thoughts on “MONICA 560 – La nouvelle mort du prestige français.

  1. comme chaque fois, excellent; C’est le journaliste belge Paul Frère qui s’était occupé de la mise au point de la version à moteur Chrysler qui ” explosaient souvent ” d’après ce qu’il m’avait raconté. Guy Ligier n’avait pas payé les voitures échangées contre des cabines de peinture. J’ai interviewé en 1987 un passionné qui avait racheté 30 tonnes de pièces chez Ligier dont 4 JS2 dont la Cosworth, j’ai trouvé des pièces du moteur Martin dans don garage

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