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Hellé Nice De la piste de danse aux courses automobiles.

 

C’est l’histoire d’une femme…

Hellé Nice

De la piste de danse aux courses automobiles.

Il est des noms qui restent dans l’histoire tant ils ont marqué leur époque. On l’a vu pour Jo Schlesser. Cependant, des exceptions subsistent comme le cas d’Hellé Nice.

Cette femme hors du commun est l’une des premières pilotes de l’histoire à bousculer les codes de l’époque. Son talent et son charme font crépiter les flashs des photographes même lorsqu’aucun record n’est battu. Elle a ce pouvoir hypnotisant qui fait chavirer les cœurs au point d’en agacer la concurrence. Ainsi, la jalousie naîtra dans l’esprit de certains confrères envieux. Au point d’en détruite sa carrière ? On pense à sa sœur et sa mère qui officiellement parlant, n’aiment pas le côté débridé qu’elle accorde à son existence. L’époque voit mal la chose. Puis il y a Louis Chiron, pilote de renommé, qui n’hésite pas à lancer de graves accusations à l’encontre d’Hellé, mettant ainsi un point final à sa carrière.

Progressivement, la championne sombre dans l’indifférence et l’oubli. Son palmarès plus que respectable et son rôle dans l’émancipation de la femme n’y changeront rien. Elle s’éteint à Nice dans la misère la plus révoltante, avec la solitude pour seule amie. Malgré ces accusations que l’ont sait aujourd’hui fausses, la mémoire d’Hellé Nice ne lui a pas été rendu.

C’est pour cela que je vous invite à faire cap sur les années 1930 pour redécouvrir le destin exceptionnel de cette femme dont le seul leitmotiv était celui d’affronter les hommes.

I° L’étoile montante du music-hall

Alors que la Guerre mondiale sème le chaos en France, la jeune Hélène – de son vrai nom Mariette Hélène Delangle, – âgée de seize ans, monte à Paris tenter sa chance. Eblouie par sa jeunesse et sa beauté, la Capitale lui ouvre les bras. Sentant le potentiel de l’adolescente, René Carrère l’encourage à démarrer une carrière de danseuse. Le flair du réalisateur ne se dément pas car elle en fait sa profession, avec un penchant pour la danse érotique. Elle pose également pour des magazines. Comme pour Joséphine Baker, sa popularité croît et elle doit réfléchir à un nom de scène :

« Ce sera Hellé Nice ! dit-elle avec assurance.

  • Comment ça une hélice ? reprit René Carrère un brin moqueur. Je sais que tu rêves de prendre ton envol mais pour les frères Wright, tu n’as pas frappé à la bonne porte ! 

Hélène sourit. Mais porter le nom de cette ville de la Côte d’Azur qu’elle aime tant devient pour elle une évidence. De plus, elle repense avec nostalgie à cette phrase franco-anglaise qu’un jeune homme avait prononcée à son encontre : « elle est nice » semblant vouloir dire « elle est charmante. » Malgré l’accent déplorable, cela l’avait amusé.

Puis l’année 1926 s’ouvre sur l’une des plus grandes inventions du vingtième siècle : la télévision. Cela n’empêche pas Hellé de s’associer à une grande vedette du cinéma muet, Robert Lisset, pour faire une tournée européenne et asseoir définitivement sa popularité auprès du public. Même si John Logie Baird travaille sur sa célèbre création, le spectacle de cabaret a encore de beaux jours devant lui. Malgré cette vie qui lui réussit à merveille, Hélène veut vivre encore plus fort. Elle l’assume pleinement. En 1929, la jeune femme chausse ses skis pour s’adonner aux plaisirs des sports de glisse. Mais à vouloir toujours faire mieux que les autres, elle chute et se blesse gravement le genou, tirant une croix sur sa carrière de danseuse. La descente tout schuss et le slalom sont donc à revoir.

Mais il ne faut pas s’inquiéter pour la petite ! Car Hellé Nice n’a peut-être pas de chevalet de pompage dans son jardin pour extraire le pétrole, mais il lui reste les idées… et les fréquentations ! Depuis peu, elle côtoie « Couc, » de son vrai nom Henri de Courcelles. « Couc » n’est pas capitaine, n’a pas de bateau… mais il a servi l’armée de son pays en tant qu’aviateur. Depuis, Henri détient la Croix de Guerre. Il lui arrive souvent de troquer sa paire d’ailes contre quatre roues car il cultive depuis longtemps une passion pour les voitures de sport. Cela plait à Hélène qui se souvient avec nostalgie, du bonheur qu’elle ressentit en ce jour de printemps 1903 où elle aperçue dans un brouhaha indescriptible, les bolides du Paris-Madrid se disputant la victoire.

Avec « Couc, » elle goûte l’adrénaline que procure la vitesse ; et l’ambiance des courses comme à Brooklands ou Monza…

« C’est décidé, je serais pilote !

  • J’apprécie ton enthousiasme, répondit « Couc. » Mais n’oublie pas que tu vas devoir affronter de nombreux obstacles et t’immiscer dans un monde essentiellement masculin. Beaucoup à l’heure actuelle ne sont pas encore prêts à voir une femme prendre le volant !

  • Ils s’y habitueront, dit-elle avec détermination. A moins qu’ils aient peur d’affronter une femme ! »

Avec cette décision, la jeune Hellé clôture ses années folles pour entrer de plein fouet dans la décennie trente. Celle de la vitesse, des records… et de la guerre. Pour l’Europe, la Grande Dépression vient mettre un terme à l’époque bénie où la vie culturelle et artistique se développait avec effervescence.

II° Ses débuts en Omega-Six

En mai 1898, la duchesse d’Uzès est la première femme française à obtenir le certificat de capacité1. Un peu plus tard en 1929, Simone Louise des Forest, femme pilote, est l’une des premières à recevoir son permis de conduire. Cette dernière reste dans la postérité grâce à l’expression populaire : « En voiture Simone ! »

Nul doute qu’Hellé Nice est inspiré par la duchesse lorsqu’elle passe le permis à l’âge de vingt ans. Elle tente de participer à une course à Brooklands en 1921 mais elle n’est pas acceptée. La raison invoquée ? C’est une femme ! Voila qui ferait crier les associations féministes de nos jours.

Pourtant, elle ne se décourage pas et récidive en participant pour la première fois au Grand Prix féminin de Montlhéry à bord d’une Omega-Six2. Et c’est Marcel Mougin, le mécanicien de « Couc, » qui lui dégote cette voiture. Le 2 juin 1929, elle se retrouve face à ses concurrentes sur la ligne de départ : Lucy Shell, Violette Morris, la baronne d’Elern, Dominique Ferrand… Il va y avoir du spectacle ! Les tigresses font rugir les moteurs de puissance, prêtes à dévorer le bitume de l’autodrome. Quant à la tension, elle est palpable mais le niveau de concentration reste élevé.

Le départ de la compétition est lancé dans l’excitation générale. Les accélérations sont spectaculaires et le bruit des mécaniques poussées aux extrêmes couvre les cris de joie de la foule hystérique. Dès les premiers tours de roues, un combat acharné se déclare entre l’Omega-Six d’Hellé et l’Amilcar de Dominique Ferrand. Tels des chevaliers sur leur monture, elles fendent le vent à cent à l’heure refusant de lâcher le moindre centimètre de terrain. Mais Dominique résiste tant bien que mal à la pression que lui met Hellé Nice. Dans la dernière ligne droite, l’Omega-Six réussit à dominer l’Amilcar en passant avec succès le drapeau à damier. Pour l’époque, la performance est impressionnante par sa vitesse moyenne approchant les 100 km/h sur la ligne d’arrivée. Un exploit !

III° Ciel bleu Bugatti pour Hellé Nice

Quelques jours après sa performance à Montlhéry, pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, Jean Bugatti – le fils d’Ettore – fait une proposition à Hellé Nice :

« Vous avez du talent, dit-il, et je vous propose de le mettre au service de marque. Qu’en dites-vous ?

  • J’en dis que n’importe quel as du volant rêverait de faire partie de l’élite des pilotes de Molsheim ! réplique la championne d’un ton assuré.

  • Si vous acceptez mon offre, vous défendrez nos couleurs au volant d’une Type 43A. D’ailleurs, je crois savoir que c’est votre modèle préféré ? »

Hellé Nice acquiesce d’un hochement de tête.

La firme française lui propose donc un contrat pour le prochain championnat, avec véhicule à la clé… qu’elle devra payer ! Elle va alors accomplir ce qu’elle sait faire de mieux : remporter la victoire et battre le record établi par les hommes. Elle qui ne voulait pas décevoir son sponsor lui rapporte une belle publicité. Elle devient l’égérie de Lucky Strike dans les magazines qui associe son portrait à ses produits : « Les cigarettes de la gagnante du championnat, » dit le slogan. La loi Evin est encore loin !

Puis, elle va tenter le record du monde de vitesse au volant d’une Bugatti 35C. Elle débarque une nouvelle fois à Montlhéry, le 2 décembre 1929, avec pour but de pulvériser tous les instruments de mesure. En effet, les 197, 708 km/h sont atteints sur un tour au volant de cette 35C et 194 de moyenne sur les dix tours que compte l’épreuve. Ainsi, elle bat une fois de plus un nouveau record du monde de vitesse féminin.

IV° La chouchoute des Yankees en Alfa Roméo

Alors que l’année 1930 s’ouvre sur l’approbation par la Chambre des Députés de la construction de la ligne Maginot, Hellé Nice, loin de ces préoccupations, participe en juin à son premier Grand Prix d’endurance au Mans. Les coureurs sont sur la ligne de départ malgré de difficiles conditions météorologiques. Ce n’empêche pas la jeune femme de performer en se hissant à la troisième place à l’issu de 24 heures de course.

Ayant tapé dans l’œil des Américains, elle part faire une tournée outre-Atlantique. Les Yankees sont ravis de découvrir celle que tout le monde reconnait comme « la meilleure conductrice du monde. » Le 10 août 1930 à Woodbridge, elle va tout faire pour défendre son honneur au volant d’une Miller. Sur ce circuit à la réputation dangereuse, elle ne réussit pas à battre des records de vitesse ; ce qui ne l’empêche pas de garder le respect du public en affichant des temps respectables.

Trois ans plus tard, Hitler devient chancelier d’Allemagne. C’est à cette époque que la jeune femme abandonne Bugatti ; en raison de la crise qui sévit. Et c’est vers les voitures italiennes que son attention se tourne. Pour la jeune pilote, les années Alfa Roméo – surtout 1934 et 1935 – sont celles du zénith de sa popularité. Elle participe à toutes les courses sur circuit, en rallye ; et en profite pour rencontrer les stars du volant : René Dreyfus, Louis Chiron ou Marcel Lehoux qui devient un ami fidèle.

V° L’as du volant reste sur le carreau.

En 1936, de grandes grèves perturbent le monde des travailleurs. Ce sont soixante-dix mille puis deux millions d’ouvriers, en mai et en juin, qui paralysent l’économie française. Hellé Nice est loin des tensions parisiennes puisqu’elle dispute le Grand Prix de Rio de Janeiro. Tout se passe bien en présence de son compagnon Arnaldo Binelli. Pourtant, les choses vont se gâter.

Cinq jours avant le début de la Guerre d’Espagne, le 13 juillet 1936, Hellé s’élance du circuit de São Paulo pour une course qui va, hélas, marquer sa carrière à vie. Dans le dernier tour, alors qu’elle accélère pour tenter de dépasser le champion national Manuel de Teffe, un terrible accident se produit. L’Alfa Monza fait une embardée spectaculaire à plus de 150 km/h et termine sa course au milieu des spectateurs. Suite au choc brutal de la collision, Hélène est éjectée. L’as du volant tombe à pic sur un spectateur et reste sur le carreau. Dans les tribunes, Arnaldo Binelli filme le crash en direct mais ne comprend pas encore la gravité de la situation. Tout s’est passé si vite ! Dans la confusion, on retrouve le corps inanimé de la championne, admise à l’hôpital Santa Catarina dans un profond coma. Elle a peu de chance de s’en sortir mais comme on dit, ce sont les risques du métier !

007 – O acidente de Hellé-Nice no GP Cidade de São Paulo de 1936

Sur le circuit, c’est l’hécatombe ! La catastrophe fait trente blessés et six morts, dont le spectateur sur lequel elle s’est écrasée. Celui-ci lui sauve la vie puisque, contre toute attente, Hellé Nice se réveille trois jours plus tard. Elle reste clouée au lit pendant trois mois mais c’est le prix à payer pour avoir échappé à la mort.

Hélas, la Française est accusée d’avoir commis une terrible erreur de pilotage. Elle s’en défend tant bien que mal mais reste totalement démunie de ses forces. Son innocence est prouvée par le film d’Arnaldo qui prouve que ce sont les spectateurs qui ont provoqué l’accident.

La série noire continue à son retour en France. Elle apprend la nouvelle de la mort de son ami Marcel Lehoux, qui s’est tué quelques jours après son accident. Hellé est moralement abattue et il faudra attendre l’année 1937 pour la revoir en compétition. Elle participe à une course d’endurance de dix jours à Montlhéry pour les huiles Yacco, au volant d’une Matford.

 

VI° Mata Hari des circuits ?

Alors que les bombardements alliés font rage sur la ville de Nantes, Hellé acquiert une villa à Nice à l’automne 1943 et en fait sa résidence principale. Cet achat soulève de nombreux soupçons. Avec quel argent a-t-elle acheté son bien ? Collabore-t-elle avec l’ennemi comme Violette Morris ? Est-elle une espionne au service de l’Allemagne ? De nombreuses questions qui restent sans réponses et alimentent les thèses les plus folles.

Puis, au sortir de la guerre, Hélène est désireuse de reprendre le volant mais son âge ne plaide pas en sa faveur. Elle a 45 ans et peine à convaincre les constructeurs de lui faire à nouveau confiance. Lorsque après de gros efforts, elle parvient à trouver une place méritée au rallye de Monte-Carlo 1949, Louis Chiron vient jouer les trouble-fêtes lors d’une réception organisée la vieille en l’honneur des pilotes. Sans preuves, ce dernier l’accuse d’avoir été un agent de la Gestapo et lui balance à la figure « votre place n’est pas ici ! » A l’entente de ses paroles, le monde s’arrête autour d’Hellé Nice : les conversations, les mouvements, le temps… oui, tout ! Et le malaise s’installe dans la salle. Alors que tous les regards sont dirigés en sa direction, elle bredouille quelques mots incompréhensibles mais reste dans l’incapacité de répliquer correctement.

Le lendemain au départ du rallye, tout le monde parle dans son dos. Personne n’ose remettre en cause les paroles du respecté Louis Chiron. Quant à Hellé, elle n’ose pas déposer plainte pour dénonciation mensongère. Celle qui voulait concurrencer les hommes s’est fait « abattre » par l’un des leurs. Par jalousie ? Par vengeance ? Le mystère reste complet3.

VII° Conclusion : de René Carrère à Louis Chiron

Du jour au lendemain, Hélène se retrouve sans amis, face à un cancer qui la ronge : la solitude. Louis Chiron réussit à installer le vide autour d’elle. Sa carrière est détruite !

La chance la quitte définitivement puisque Arnaldo est infidèle et lui vole tout son argent. Hellé Nice n’a plus un sou. Elle fait connaissance avec la misère. Adieu les villas et les circuits, elle passe la dernière partie de sa vie dans l’anonymat. Elle réside dans un petit appartement du quartier ouvrier de Riquier, avec ses souvenirs et sa vieille Simca Trianon. Elle se souvient de ses belles années où tout lui souriait… Mais elle n’aura plus longtemps à se souvenir.

 

Elle s’éteint dans la solitude à l’âge de 83 ans, le 1er octobre 1984. L’organisme de charité La Roue Tourne, qui l’a aidé à survivre, paye sa crémation et envoie les cendres de l’ex-championne à sa sœur qui refuse d’inscrire son nom sur le caveau familial. En 2010, grâce à la Hellé Nice Foundation et Miranda Seymour, des admiratrices de la femme-pilote réparent cette erreur. De plus, une plaque commémorative prend place pour honorer sa mémoire et une rue de son village natal porte son nom.

La mémoire est enfin rétablie… pour toujours !

Liste non-exhaustive des voitures utilisées en course

  • Alfa Roméo 8C 2300 Monza

  • Bugatti Type 35B / 35C

  • Bugatti Type 43A

  • Matford V8 3.621 litres

  • Miller

  • Omega-Six

1 Ancêtre du permis de conduire.

2 Constructeur français créé en 1922 à Pantin, opérant sur le créneau des voitures de luxe. Tous les modèles étaient équipés de moteurs à 6-cylindres, d’où le nom de la marque. Son activité prend fin en 1930.

3 Après plusieurs années, Miranda Seymour, biographe d’Hellé Nice, est allée vérifier des documents officiels à Berlin afin de découvrir la vérité. Les autorités allemandes l’ont informé qu’Hellé Nice n’a jamais été un de leurs agents.

ROMAIN ORRY

Photos collection privé

5 thoughts on “Hellé Nice De la piste de danse aux courses automobiles.

  1. En effet je pense (mais sans avoir la certitude) qu’elle croyait ces accusations, mais de ce que je sais elle détestait comme ses parents la vie débridée de Hellé Nice. Je crois qu’il devait y avoir de la jalousie. Et je pense que c’est la jalousie qui l’a poussé à sa perte.

    1. ah oui alors si en plus il y avait des histoires de famille, la réaction de la soeur n’est pas étonnante. Merci Romain

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