Vous êtes ici
Accueil > AUTO > Dans la peau d’un pilote de rallye en Ford Fiesta ST 1ère partie

Dans la peau d’un pilote de rallye en Ford Fiesta ST 1ère partie

 

Dans la peau d’un pilote de rallye en Ford Fiesta ST 1ère partie

Prendre le départ du rallye des Vosges, en ouvrant la course, au milieu de vrais pilotes, avec un vrai copilote et au volant d’une voiture sportive, tel était le défi proposé par Ford à Niko.

L’occasion de vivre un week-end de course de l’intérieur mais aussi de tester les petites sportives de chez Ford, la Fiesta ST Line, mais aussi la dernière née qui promet tant, la Fiesta ST de 200 chevaux. Premier épisode, Niko prend le départ au volant d’une ST Line.

Lac de Gérardmer

Il est tôt ce matin et la brume présente sur le lac de Gérardmer se confond avec la buée de mon café. Le calme de l’étendue de flotte tranche avec la fureur mécanique des premiers bolides encore couverts de rosée du matin,  qui sortent du parc fermé pour se rendre sur la zone de départ. Dans ma tête aussi règne un mélange de brume et d’excitation. Dans quelques minutes je vais prendre le départ ou presque du Rallye des Vosges. Ou presque, car la plaque collée sur les flancs de ma Fiesta indique “VIP promo” et non un numéro de concurrent. La vérité c’est que nous allons ouvrir le Rallye. Cela consiste à précéder de quelques minutes les premiers concurrents du rallye, avec quelques missions sur lesquelles je reviendrai plus loin. Si cette position au départ m’épargne l’humiliation du chrono, on m’explique qu’il ne va pas falloir traîner en route. Il faudra être prudent, rapide, et efficace pour assurer les horaires du rallye et éviter de décaler toute la journée de course. 

 

Mon co-pilote du jour, est avant tout..un pilote. David court depuis de nombreuses années et revient ici pour le plaisir de rouler un peu en rendant service. C’est lui qui prend le volant sur la liaison et la première spéciale pour des raisons d’accord de la direction de course arrivé un poil tard. Cela va me permettre de me mettre dans l’ambiance du rallye. Cette première spéciale est assez courte, je me saisis du road book, et je découvre les indications. Je ne pense pas être très doué pour ça et ça tombe bien parce que David connaît les routes de la région par coeur.

La peur n’évite pas le danger

 

Au départ de la seconde spéciale, nous échangeons nos places. Cela n’a pas l’air de réjouir mon copilote du jour. La brève conversation avec ce dernier me fait dire qu’il va falloir y aller sur des oeufs. Premièrement parce que lui est pilote et pas moi, deuxièmement parce qu’il ne me connaît pas et troisièmement parce que visiblement il a peur en voiture, tout champion de France qu’il soit. Pour enfoncer le clou, un gars en gilet orange vient de se pencher à mon carreau avec un message de la plus haute importance à me délivrer : “on y va doucement mon petit gars, tous les ans il y a des accidents sur cette route. Tout le monde est déjà sorti une fois ici, même les plus grands.” Avant de conclure par un : “même Loeb il s’est sorti ici”.

Voilà qui n’est pas de nature à rassurer mon copilote, ainsi que la charmante Charlotte, responsable du parc Ford, qui arrive en courant, grand sourire aux lèvres, avec la fameuse autorisation de la direction de course. Telle une Wonder Woman, elle vient de sauver ma journée. Après lui avoir promis de ramener la voiture et de faire très attention, je la sens néanmoins prise d’un petit doute : “Mais tu es sûr que tu t’en sens capable, tu sais on peut encore annuler?”. Oh que oui je m’en sens capable ! Hors de question de passer mon tour.

 

Le signal lumineux du feu de signalisation égrène les secondes unes à une. Le 1 vient de s’effacer, l’officiel devant la tente marque d’un signe de la tête son accord, c’est parti. Nous allons avoir le temps de faire connaissance, car cette spéciale est la plus longue du rallye avec 36 kilomètres. J’enclenche la première, puis la seconde, et ce sera tout pour le moment. Le début de spéciale est très sinueux, à tel point qu’il serait illusoire de vouloir passer la 3. Je pars sur un rythme cool pour rassurer tous les stressés.  Je décompose bien mes freinages, mes appuis, mes changements de rapports, pour qu’on voit bien que j’ai compris ce qu’était un freinage, ou un changement d’appui. Passés les premiers virages, l’atmosphère commence à se détendre légèrement. Avec mon copilote, nous mettons en place un langage commun. Un système de notes basique, qui va me permettre de me placer au mieux et peut-être même de rendre la bagnole entière à l’arrivée. David me donne la direction “gauche” ou “droite”, le rapport “2” ou “3”, et m’avertit des gros dangers. Passés les premiers kilomètres, on affine avec des “cordes” ou “pas cordes”, “à fond”, “pas frein”, ou “graviers”.

J’augmente gentiment le rythme. La Fiesta ST Line n’est pas une sportive pure et dure, mais elle possède toutes les qualités d’une petite voiture dynamique et efficace avec son poids réduit et ses 140 chevaux. Cette Fiesta je la connais bien, pour l’avoir testée en conditions extrêmes au Paul Ricard il y a quelques mois  http://boitierrouge.com/2018/04/29/ford-fiesta-st-contre-xr2i-le-duel-au-soleil-30-ans-plus-tard/

Je retrouve toutes les qualités du châssis, c’est à dire une voiture bien équilibrée, qui est prévenante et qui met tout de suite en sécurité. Sur les routes très sinueuses de la spéciale du jour, j’aurais aimé un peu plus de fermeté mais l’ensemble a au moins le mérite de tenir la route, tout en assurant un bon compromis en terme de confort. Le roulis n’est pas excessif, et si ce n’est pas une voiture de rallye évidemment, elle n’est pas ridicule dans les enchaînements de courbe que je prend avec de plus en plus de vitesse. Mieux, je trouve que son petit côté sous vireur quand on abuse est plutôt rassurant car il agit comme un indicateur de conduite. Quand la trajectoire commence à s’élargir un peu, c’est qu’on est sur le bon rythme.

GERARDMER le 16 septembre 2016 départ rallye vosgien (photo Eric Thiébaut)
GERARDMER le 16 septembre 2016 départ rallye vosgien (photo Eric Thiébaut)

Sur les bords de la route, le public est déjà présent et il faut être vigilant. Le rallye n’a pas encore commencé évidemment, et dans la tête de certains spectateurs le danger n’est pas encore présent. Certains d’entre eux finissent d’arriver et marchent le long du parcours. L’usage du klaxon est donc recommandé mais la prévention paie et au delà de quelques personnes mal placées, parfois à l’extérieur de virages, le spectateur de rallye en 2018 est assez prudent.

 

36 kilomètres de spéciale

Dans l’habitacle de la Fiesta, l’heure est à la concentration. Je poursuis sur un rythme de 70 %, qui permet déjà de belles vitesses de passage, tout en ménageant une petite marge de sécurité. Concrètement j’ai enlevé 10% parce qu’on est pas en course, 10% pour relativiser le calvaire de mon copilote, et 10% pour Charlotte de Ford, à qui j’ai promis de ramener la voiture entière. Cela suffit pour se faire plaisir, surtout sur ce magnifique parcours. Notre petit équipage commence même à bien fonctionner. La lecture du terrain est très importante, à l’entrée d’un sous-bois l’adhérence change radicalement en quelques mètres.  De la sève d’un arbre, à l’humidité d’une route constamment à l’ombre, en passant par un trou ou une pierre dans l’intérieur d’un virage, chaque élément du paysage peut avoir de graves conséquences.

La route est loin d’être plane mais les suspensions de la Ford absorbent bien les aspérités sans trop de débattement qui serait pénalisant. Par moment les amortisseurs se délestent, puis se compressent mais on évite les coups de raquette désagréables. La direction assure un bon retour d’informations, tout en assurant une conduite sans trop de flou. De ce point de vue là on se rapproche des meilleurs chez Ford, sans atteindre le fameux “touché de route” Peugeot d’une 208 par exemple. Je rappelle que cette ST Line n’est pas faite pour ça et que nous sommes bien en train de faire un rallye avec une voiture strictement de série.

Trente six kilomètres c’est long et j’ai choisi depuis plusieurs minutes de me taire et de limiter au strict minimum mes “interventions”. Après tout, un pilote c’est là pour piloter et écouter son navigateur.

La principale différence entre un vrai pilote et quelqu’un comme moi qui “pilote” (le mot est bien grand) de temps en temps sur circuit ou sur route, c’est la capacité de concentration. Si un pilote peut rester parfaitement concentré pendant 2 heures, un conducteur normal perdra surement en attention au bout d’un petit quart d’heure.

C’est avec des conneries comme ça qu’on perd un rallye

 

Je me contente d’écouter les indications et de les appliquer au mieux “à 500 mètres, droite 2, à 500 mètres droite 2”, nous sommes dans une belle descente à fond de 3, dans une route où on aurait du mal à croiser un vélo. “300 mètres, droite 2”, je commence à préparer mon freinage, jusqu’ici tout va bien. “à droite 2”. J’exerce une pression franche sur la pédale du milieu et entame mon freinage dégressif, et là…surprise ! A droite j’ai une banderole accrochée à une barrière, derrière laquelle une bonne vingtaine de spectateurs sont regroupés. Visiblement c’est pas là ! J’en déduis donc que le “à droite”signifiait “tout droit”, puisque mon choix se limite à ça ou à gauche. Je remet un coup de gaz et file tout droit “BooooOOOOORRRDEEEEEEELLLLL, à DROOOOOooiiiiiiiite !!!!”, visiblement c’était pas ça, si j’en juge par le ton employé. J’immobilise la voiture dans un nuage de fumée et de graviers qui volent, j’ai arraché 50 mètres de rubalise orange, et tout le monde nous regarde. Nous allons bien, la voiture est entière. Je regarde mon copilote, je regarde tout droit, je regarde à droite, je regarde à gauche. Mon copilote à une tête de coupable, à droite il n’y a pas de route, mais des spectateurs, tout droit la route est barrée par de la rubalise, et à gauche il y a effectivement une route de rallye. Désolé mec, mais je crois que tu as fait une boulette. “Maintenant que j’y repense, effectivement c’est pas ça, mais y’a 6 ans quand j’ai fait le rallye on tournait à droite ici”. C’est avec des conneries comme ça qu’on perd un rallye, quand le copi s’emmêle les pinceaux ou tout simplement quand il ne regarde pas le road book parce qu’il connaît les routes. Finalement cette petite mésaventure à fait retomber la pression, et je repars libéré. J’ai pas fait d’erreur, je suis pas fou, et j’ai bien réagi en faisant confiance à ce que je voyais, à mon instinct, plutôt qu’à ce qu’on me disait. Je repars de plus belle, en augmentant le rythme parce que des spéciales de rallye je n’aurais peut-être pas la chance d’en refaire tout de suite et parce que je me sens bien au volant de cette Fiesta. Par moments, je suis quasiment en apnée, j’ai chaud, mon coeur tabasse à l’intérieur de ma carcasse, les amortos cognent et les vibrations résonnent dans ma colonne vertébrale, nous venons de passer la moitié de la spéciale et j’attaque. Je me dis que c’est le meilleur moyen de faire en sorte que mon copilote soit concentré. Cette fois nous sommes comme des métronomes, mon cerveau est relié en prise directe avec les trains roulants de la Fiesta. J’anticipe les cuvettes, les virages à couper, ceux où il faut au contraire élargir la trajectoire, maintenant c’est à fond tout le temps, j’entend juste les “Droite 2”, “Gauche 3 pas corde”. Je commence à avoir….des fourmis dans les doigts ! Je ne sais pas si c’est le sang qui n’arrive plus au bout de mes mains ou parce que je tiens un peu fort le volant. Finalement on commence à prendre du plaisir, pour encore quelques kilomètres de bonheur. Le ralentissement d’une voiture devant nous nous sort de notre état second. On repart pour les derniers virages de cette spéciale, la Fiesta sent le chaud mais ça freine encore bien, pour la petite Ford la mission est réussie, et pour notre équipage improbable également.

Il est temps de rejoindre le parc fermé, où nous avons rendez-vous avec deux stars : un certain Jean-Hug et la nouvelle Fiesta ST. Mais ça c’est dans le prochain épisode.

Merci à Ford France et à Charlotte.

Niko Laperruque 

One thought on “Dans la peau d’un pilote de rallye en Ford Fiesta ST 1ère partie

Laisser un commentaire

Top