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C’est l’histoire d’un mec… Jo Schlesser.

 

Un Lorrain dans le sport auto !

Cinquante ans après sa disparition, le célèbre pilote des années 1960 est toujours dans la mémoire des Français fous de mécaniques vrombissantes. On se souvient de Jo Schlesser tant par son palmarès garni que par sa fin tragique au Grand Prix de France en 1968. Retour sur un destin hors du commun…

Il est des noms qui restent dans l’histoire tant ils ont marqués leur époque. Dans le monde du cyclisme, le champion Tom Simpson mort sur les pentes du mont Ventoux en 1968, fait partie de ceux-là. En ce qui concerne les sports mécaniques, on pense à Jo Schlesser… entre autres. Cet article, bien qu’il entretienne le devoir de mémoire, n’a pas prétention à lui rendre hommage, car des hommages il en a eu ! Alors pourquoi écrire sur Jo ? Tout d’abord parce que c’est un Grand mais peut-être aussi – je l’avoue ! – par excès de chauvinisme. En effet, le champion est né à Liouville dans la Meuse le 18 mai 1928, commune rattachée depuis 1972 à celle d’Apremont-la-Forêt, dans le canton de Saint-Mihiel. De plus, il s’est expatrié dans le département voisin de Meurthe-et-Moselle et a des liens avec la commune de Malzéville, dans la banlieue de Nancy. Moi aussi, j’ai longtemps été comme lui, un Meusien expatrié en pays Meurthe-et-mosellan. Sauf que moi, je n’ai rien apporté à l’histoire !

Jo Schlesser – Veteran French racing car driver was killed when his new Japanese Honda Grand Prix car crashed and burst into flames
9 July 1968

I° Une vie qui démarre sur les chapeaux de roue !

Jo Schlesser a toujours été un pilote populaire et aimé. Mais il lui a fallu gravir les marches de la gloire.

En 1952, alors que les pays d’Europe s’unissent autour du charbon et de l’acier, Jo commence à gravir son ascension en prenant la décision de s’engager dans le sport automobile. Il participe au premier Rallye de Lorraine, un des plus anciens de France, et gagne au volant d’une Panhard Dyna cabriolet en compagnie de son copilote Louis Bathelier. Cette première victoire lui donne confiance et détermination, des armes qui lui permettront de récidiver dès 1965 en catégorie GT au volant d’une AC Cobra, avec Jacques Greder. Entretemps, il ne chôme pas et part à la poursuite du succès.

Et sa passion pour les Grands Prix vont naturellement le pousser dès 1953 vers les circuits. C’est une bonne chose puisqu’il gagne cette année-là les Coupes de Paris au volant d’une Monomill. Ne voulant pas s’arrêter en si bon chemin, il s’achète en 1959 une Ferrari 250 GT dans le but de participer au Tour Auto. Par manque de chance, Schlesser fait une soudaine sortie de route, ce qui le pousse à l’abandon alors qu’il était quatrième du classement. Mais doté d’un esprit revanchard, il termine deuxième l’année suivante derrière Willy Mairesse. Comme quoi la persévérance paye !

 

Alors que la décennie 60 s’ouvre sur la période yéyé, l’avenir de Jo est prometteur. Il gagne dès 1960 au volant de sa Ferrari le Grand Prix de Rhénanie au Nürburgring en catégorie GT. Il devance alors l’Allemand Hans-Joachim Walter. Mais en 1961, un grave accident aux essais des 24 H du Mans sur une Ferrari d’usine, le pousse à faire une pause afin de se rétablir correctement. Invincible, il en ressort plus fort !

Ford GT40

Car dès 1962, il devient champion de France au volant d’une Brabham BT2 de Formule Junior. En 1963, il conserve toute sa détermination en remportant le Critérium des Cévennes et les Coupes du Salon à Montlhéry sur une Aston Martin DP214. Cette même année, Jo court au Tour de Corse sur une AC Cobra-Ford où il termine second. En 1964, après une onzième place au rallye de Monte-Carlo sur une Ford Falcon Sprint, il dispute des épreuves d’endurance pour le constructeur Ford, avec son coéquipier Claude le Guezec. D’ailleurs, c’est au volant d’une Ford GT40, en compagnie de son ami Guy Ligier, qu’il remporte en 1966 et 1967 des victoires en catégorie GT sur prototype au Nürburgring et à Monza. Cette belle équipe va continuer de porter des fruits car ils emporteront la victoire aux 12 H de Reims en 1967, toujours à bord d’une GT40 mais en version MkII. Schlesser termine sa saison par une victoire aux Coupes de Paris devant l’Allemand Leinenweber et par une quatrième place aux 1000 kilomètres de Paris.

L’année 1968 voit la France changer en profondeur. Elle s’ouvre sur des contestations sociales dès le mois de mars. Et pour Jo, 68 est aussi une année noire et malheureuse car il se tue le 7 juillet.

II° 1968 : Schlesser contacté par Honda.

Schlesser avait décidé de voir la vie en grand. Et il l’a vu ! Pressentait-il qu’il manquerait de temps pour accomplir ses rêves ? Est-ce pour cela que la vitesse lui collait tant à la peau ?

Quoi qu’il en soit en ce début d’année, un rêve qu’il affectionne de tout son cœur ne s’est pas encore réalisé : courir un Grand Prix de Formule 1. Ou du moins, il a vu son rêve avorter l’année précédente ! Car en effet, Jo a participé au Grand Prix d’Allemagne de F1, mais dans la catégorie Formule 2 !!! Les dirigeants de la course lui ont affiché un tel mépris qu’il ne fut même pas retenu dans les statistiques officielles comme ayant disputé le Grand Prix. Pour eux, il faisait juste office de bouche-trou afin d’étoffer un plateau trop vide à leur goût.

Mais l’année 68 est bouleversante à tout point de vue. Après avoir été contacté par Honda pour courir en catégorie F1 sur la nouvelle RA302, Jo se dit que cette fois est la bonne. Pourtant, la réaction de John Surtees aurait dû l’avertir. Le premier pilote de l’écurie Honda, britannique d’origine, a de quoi surprendre. Après avoir testé la nouvelle voiture à Silverstone, il refuse de la conduire en course car il la juge trop dangereuse. En effet, après deux tours de piste il s’arrête à cause d’une fuite d’essence. Pour lui, la marque japonaise doit fiabiliser l’engin et poursuivre le développement du bolide. De plus, son expérience en course lui montre que la RA302 est beaucoup trop instable et difficile à conduire. Son V8 ouvert à 120° a tendance à trop surchauffer. Enfin, un détail le chagrine : la F1 est en magnésium, un matériau inflammable. Il propose donc de la reconstruire en aluminium.

Est-ce qu’à la veille du 7 juillet, Jo Schlesser est-il conscient de tous ces éléments ? Son ambition, sa passion et son envie sont plus fortes que tout au point de l’aveugler. Il flaire la bonne aubaine et accepte de prendre le volant de la nouvelle monoplace. Quant à John Surtees, il continue sa carrière sur l’ancien modèle RA301. Et qu’importe ce que peut dire son collègue britannique, il est bien décidé à ne pas revivre l’humiliation du Grand Prix d’Allemagne 1967 et à faire ses preuves en F1. Tout le monde l’attend au tournant mais ce qu’il ne sait pas, c’est que la mort l’y attendra elle aussi.

III° Le jour maudit où tout s’est arrêté !

En ce 7 juillet, Schlesser s’élance en 16ème position sur la grille de départ. Heureux de participer à son premier Grand Prix en France, à Rouen-les-Essarts, il décide de montrer ce qu’il a dans le ventre. Et dès le premier tour, il remonte d’une place.

Mais la pluie vient semer la pagaille et rend la piste très glissante. Les Formule 1 deviennent de véritables hors-bords. Et la piste devient vite l’enfer avec un bolide aussi peu sûr que la RA302, même pour un pilote aguerri. C’est alors que l’impensable se produit. La monoplace sans doute déstabilisée, perd toute son adhérence et vient s’encastrer dans le talus situé en contrebas du virage des Six-Frères. C’est la consternation. L’inquiétude n’a pas le temps de se lire sur les visages que les 200 litres de carburant emportés par l’auto accidentée s’embrasent instantanément, ne laissant aucune chance à Schlesser, prisonnier de l’habitacle en flammes. Et le rêve vire au cauchemar. Le chaos occasionné par le choc, les cris des spectateurs et la panique qui s’ensuit prennent tout le monde au dépourvu. Malgré la chaleur du brasier, les débris sur la piste, le manque de visibilité dû à la fumée et les commissaires affolés tentant d’éteindre le feu, la course n’est pas interrompue. A cet instant, les conditions de sécurité sont minimales. Les monoplaces des pilotes se frayent un chemin au milieu de la désolation car le spectacle doit continuer coûte que coûte.

IV° Conclusion : un héritage et une mémoire à préserver.

La première victoire de Jackie Ickx en Formule 1 ce jour-là, a comme un goût amer. Les Français n’ont plus l’envie de rire car un des leurs est mort devant leurs yeux. Ce qui devait être un jour de joie s’est transformé en deuil. Depuis cette terrible tragédie, Rouen-les-Essarts n’a plus accueilli de Grand Prix de F1. Une page du sport automobile s’est refermé sur le destin tragique de ce meusien hors pair.

Depuis, cinquante années ont passées et le monde de l’automobile se souvient. A l’instar d’Ayrton Senna ou de Jules Bianchi, Schlesser continuera d’inspirer par ses qualités de compétiteur de jeunes générations de pilotes déterminés à vivre de leur passion, comme son neveu Jean-Louis Schlesser.

Au début des années 1970, Guy Ligier s’est lancé dans la production automobile et baptise J.S. les modèles sportifs de la gamme Ligier. Quant à Malzéville, elle nomme son gymnase « Jo Schlesser » afin d’honorer sa mémoire. Il est d’ailleurs inhumé au cimetière communal.

N’oublions pas que le Lorrain a été en 1964 le premier pilote français à avoir participé à une épreuve de NASCAR. Depuis 1978, seul Claude Baillot-Léna l’a rejoint.

V° Avant de partir, la liste non-exhaustive des voitures conduites par Jo Schlesser.

  • 1952, Panhard Dyna cabriolet – Lors de la première édition du Rallye de Lorraine ;

  • 1953, Monomill – Lors des Coupes de Paris ;

  • 1955, DB N°50 – Lors des 24H du Mans ;

  • 1959, Ferrari 250 GT – Lors du Tour Auto ;

  • 1962, Brabham BT2 FJ-5-62 (Formule Junior) – Il devient champion de France à bord de cette auto ;

  • 1963, AC Cobra-Ford – Lors du Tour de Corse ; Aston Martin DP214 – Lors du Critérium des Cévennes et des Coupes du Salon à Montlhéry ;

  • 1964, Ford Falcon Sprint – Lors du Rallye de Monte-Carlo ;

  • 1965, AC Cobra – Lors du Rallye de Lorraine, des 24H de Daytona et des 12H de Sebring ;

  • 1966, Matra en F2 ;

  • 1966/1967, Ford GT40 – Nürburgring et Monza ;

  • 1967, Ford GT40 MkII – Lors des 12H de Reims ;

  • 1968, Porsche 907 – Lors des 24H de Daytona et des 1000 km de Spa ;

  • 1968, Honda RA302 – Lors du Grand Prix de France de F1.

 

Romain Orry (à retrouver sur Fajet.net)

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