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Répression des excès de vitesse : une arme à double tranchant ?

La vitesse est indéniablement un facteur aggravant en cas d’accident, il serait vain de le nier, au risque de nier les lois de la physique. Beaucoup de gouvernements à travers le monde se sont basés sur ce fait pour définir des limitations de vitesse, avec plus ou moins de tolérance, en cas de dépassement de la limite autorisée. La France en particulier, a durci de plus en plus sa manière d’aborder le sujet, afin de diminuer le nombre de morts sur les routes. Toutefois, il semblerait q’une politique de répression trop stricte peut conduire à des conséquences opposées à l’objectif visé.

C’est en tout cas ce qu’affirme Vanessa Bowden, docteur en psychologie à l’Université d’Australie Occidentale, dans son étude intitulée « La baisse de la tolérance en matière d’excès de vitesse détériore la détection périphérique des objets et augmente la charge de travail du conducteur » (Lowering thresholds for speed limit enforcement impairs peripheral object detection and increases subjective workload, in Science Direct, Octobre 2016). Cette étude, s’est appuyée sur 84 volontaires qui se sont retrouvés en simulation de conduite avec une marge d’erreur autorisée de 1, 6 ou 11 km/h, en roulant à 50 km/h.

De nombreuses études précédentes ont démontré que la conduite nécessite un haut degré d’attention, mais que celle-ci est difficile à partager pour une tâche annexe, comme téléphoner, ou régler son autoradio/GPS. Le Dr Bowden a donc étudié le délai de réaction d’un conducteur face à l’arrivée d’un danger, en fonction des tolérances évoquées plus haut. Les résultats sont sans appel : Plus la marge d’erreur est réduite, moins les sujets sont capables de réagir rapidement. Le compteur de vitesse devient l’objet principal de leur attention, au détriment de tout le reste. Autre effet négatif, la fatigue du conducteur augmente bien plus vite encore qu’en condition normale. Hors, diminution de l’attention et augmentation de la fatigue sont des facteurs non négligeables d’accident. Cette étude en est encore à ses débuts, et le Dr Bowden souhaiterait simuler une situation de tolérance zéro, afin de voir l’impact maximal que cela pourrait avoir sur un conducteur.

Bien que n’étant pas psychologue pour un sou, ce constat est en parfaite adéquation avec mon ressenti. Et la multiplication des radars automatiques, de ce fait, va finir par devenir contre-productive, là, où un gendarme/policier qui vous arrête, vous tape sur les doigts et vous laisse repartir, parfois sans vous dresser de PV est bien plus éducatif qu’une « facture » reçue a posteriori. Ne serait-il pas temps pour la France de prendre exemple sur certains de ses voisins ? Je vais prendre le cas du Royaume-Uni, car c’est celui que je connais le mieux. Du point de vue financier, les amendes sont bien plus lourdes que chez nous (65£ en minoré pour le stationnement par exemple, 1000£ forfaitaire pour un excès de vitesse, téléphone au volant, 500£ forfaitaire pour non port de la ceinture….). Pourtant, ce n’est que depuis la réduction de voilure en matière de radars automatiques que le nombre d’accidents et surtout de morts sur la route a franchement baissé. A cela s’ajoute le fait que lors d’une première infraction, on vous laisse le choix entre l’amende et un stage de sensibilisation à la sécurité routière, et pour moi la messe est dite, la sécurité routière est fondamentalement une question de prévention et d’éducation, plus que de répression pure, si on souhaite progresser.

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